Food truck poke bowl : Le témoignage d’une mère et sa fille

food truck poke bowl dans la rue

Lancer un food truck poke bowl sans expérience en restauration, c’est l’aventure que Laurence et Anna, mère et fille nous racontent sans langue de bois dans cet article. Elles ont lancé le Poké Truck à Amiens, sous forme de SARL dont elles étaient l’une et l’autre co-gérante.  Depuis les premiers services en plein hiver jusqu’à l’arrêt de leur activité, elles nous montrent la réalité parfois brutale de la restauration ambulante.

Food Truck Poke Bowl : Le témoignage sans filtre de Laurence et Anna

Vous rêvez d’ouvrir un food truck poke bowl ? Prenez 10 minutes pour lire ce qui suit. Laurence et sa fille, Anna, ont vécu cette aventure de l’intérieur pendant plusieurs années. Elles ont accepté de nous la raconter. Depuis la naissance de l’idée jusqu’à cette fameuse subvention qui s’est transformée en cauchemar administratif, elles nous racontent sans langue de bois la réalité pas toujours facile du terrain.

Laurence, qu’est-ce qui vous a motivées, Anna et vous, à vous lancer dans cette aventure ? Aviez-vous de l’expérience en restauration ?

« Très honnêtement, nous n’avions pas d’expérience dans la restauration au sens professionnel du terme. On adorait cuisiner toutes les deux depuis des années. Anna, ma fille, a toujours adoré créer des plats en essayant d’associer diététique et saveurs originales. De mon côté, j’ai toujours cuisiné de façon assez saine, même en préparant des recettes plus traditionnelles. Assez rapidement, on s’est dit pourquoi ne pas en faire notre travail ? »

Cette absence d’expérience aurait pu être un frein, mais l’idée de travailler en food truck toutes les 2, nous a tout de suite plu.

Pourquoi avoir choisi le format food truck plutôt qu’un restaurant traditionnel ? Et pourquoi les poke bowls spécifiquement ?

« On voulait travailler toutes les deux, ne pas devoir embaucher de personnel. Je ne voulais pas gérer des salariés, avec tout ce que ça implique comme contraintes. Le food truck était la solution parfaite pour ça.

Quant aux poke bowls frais, c’était tout ce qu’on aimait faire et en plus ça nous permettait de nous démarquer. On proposait quelque chose de diététique, d’original, avec des produits ultra-frais. Ça impliquait énormément de préparation en amont, mais ‘frais et diététique’ c’était ça notre ADN. »

Comment se sont déroulés vos premiers mois d’activité ? Quels ont été les principaux défis ?

« Nous avons démarré en plein hiver, donc les débuts ont été plutôt rudes. On gelait dans le camion. En plus, on n’était pas trop habituées à la charge de travail. Transporter les caisses, le groupe électrogène, les bouteilles de gaz… Ce n’est pas facile et c’est épuisant.

Au niveau administratif, ça allait globalement. Nous étions agrées pour les tickets restaurant. C’est une bonne chose mais c’est un peu galère à mettre en place.

Sur le plan logistique, il fallait absolument garder une journée complète dans la semaine pour faire les courses, mettre à jour le site internet, préparer la nouvelle carte etc. On changeait de recettes et de desserts toutes les semaines. Ça demandait pas mal d’organisation. Sans ce temps de respiration, on est trop dans le rush et ça devient ingérable. »

Le poké truck Amiens. Laurence et Anna

Travailler ensemble dans un espace aussi restreint, comment l’avez-vous vécu ?

« Honnêtement, c’était génial. On était déjà très fusionnelles avant de se lancer. Anna aimait bien que je la guide, que je lui donne des instructions. Elle manquait un peu d’expérience pour prendre les décisions. Après, on a eu quelques coups de gueule lors de gros événements,pendant le coup de feu. Elle trouvait parfois que je n’allais pas assez vite. »

Travailler entre mère/fille peut sembler idyllique vu de l’extérieur, mais il faut une vraie complicité. Nous avions trouvé cet équilibre.

À quoi ressemblait votre quotidien dans ce food truck poke bowl ?

« En fait, on n’avait pas vraiment de journée type. Chaque jour était différent puisqu’on changeait constamment nos ingrédients et nos recettes. Le lundi, on faisait les courses. On ne faisait pas de service, sauf si une entreprise nous le demandait. La veille du service donc, on épluchait tout et le matin, on râpait et on préparait avant de partir.

Nous ne faisions que des services du midi. On avait deux emplacements fixes par semaine, le reste c’était des demandes ponctuelles d’entreprises. Les week-ends étaient réservés aux évènements, rebond de mariages, anniversaires, baptêmes… Dans ce cas on pouvait faire 2 services par jour.

Quels sont vos meilleurs souvenirs de ces années sur la route ?

« Pas de souvenirs particuliers ultra-marquants, mais chaque journée était vraiment agréable. Les rencontres avec les clients étaient des  petits moments de partage. On entrait dans leur vie et eux dans la nôtre. On avait pas mal de clients réguliers. C’était toujours très agréable. »

poke bowl frais ingredientsQuelles ont été les réalités économiques de ce projet ?

« Le food truck poke bowl, ce n’est clairement pas ce qu’il y a de plus rentable. On n’utilisait que des produits frais et relativement chers comme l’avocat, la mangue ou le saumon… On ne voulait pas rogner sur la qualité, donc notre marge était beaucoup plus faible que pour un burger frites ou une pizza par exemple. En plus, la première année, nous avions beaucoup de pertes. De ce fait notre marge brute n’était pas bonne. En revanche, dès la 2eme année on était autour de 65% et cette année aurait du être très correcte.

De ce fait là, nous ne sommes jamais réellement parvenues à nous rémunérer correctement. Les charges représentaient une part beaucoup trop importante de notre chiffre d’affaire. Mais ce qui a vraiment été fatal à notre activité, c’est de devoir rembourser une aide food truck de 20 000€ qui nous avait été accordée par le Conseil Régional des Hauts de France. Alors même que nous aurions du percevoir la 2eme partie de cette aide, on nous a demandé au contraire de rembourser la première partie.

Même si à la base, on ne comptait pas sur cette aide food truck pour s’en sortir, c’était quand même un bon coup de  pouce. Aussi quand on nous a demandé de rembourser, ça nous a achevées. »

Avec le recul, quel bilan tirez-vous de cette expérience ?

« Franchement, je ne regrette rien, et Anna non plus. C’était une magnifique aventure, même si on a été très déçues de devoir arrêter. Ce qu’on a surtout appris, c’est que la restauration est un métier hyper difficile et très physique. Il faut être solide et ne pas compter ses heures. Mais bon, c’est valable pour toutes les entreprises au final. »

Quels sont vos projets pour la suite ? Envisagez-vous de rester dans la restauration ?

« Pour l’instant, je n’ai pas encore de projet précis, mais vu mon âge j’espère trouver quelque chose de plus calme. Anna est inscrite dans des boîtes d’intérim, elle teste plusieurs choses mais n’a pas encore d’idée vraiment arrêtée. Très honnêtement, Je lui déconseille de se mettre à son compte. »

Un grand merci à Laurence et Anna pour ce témoignage. Le Poké Truck va manquer aux amiénois, c’est certain !

 

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