Commerce sédentaire ou ambulant : lequel est fait pour vous ?

Commerçant itinérant livrant le pain lors de tournées

Commerce sédentaire ou ambulant ?

L’entrepreneur qui veut ouvrir un commerce se projette souvent d’emblée dans un modèle ou dans l’autre. Il ne compare que très rarement les 2 modèles car il se fait une idée très précise de ce que sera son quotidien. Pourtant, nombreux sont les métiers qui peuvent s’exercer des 2 façons. Cet article vous invite à examiner les 2 modèles pour savoir lequel est fait pour vous.

L’entrepreneur qui veut lancer son activité commerciale visualise toujours son projet. Il se projette. Il s’imagine dans sa boutique, aménagée de telle ou telle manière, travaillant comme ci ou travaillant comme ça. Ou alors il s’imagine au volant de son camion, sillonnant les routes pour s’installer ici ou là. Mais si vous lui posez la question « As tu imaginé que ton commerce sédentaire puisse être itinérant ? » Ou inversement « T’es tu imaginé dans un local professionnel fixe au lieu de ton camion ? », vous verrez que très souvent la réponse à cette question est « non ».

Pourquoi ? Parce que quand on s’imagine exercer un métier, la façon dont on l’exerce (le comment) l’emporte souvent sur tout le reste. Un projet d’entreprise, c’est un fantasme. C’est quelque chose qu’on idéalise et dont on se fait une représentation. Le problème, c’est qu’il arrive que cette représentation soit très éloignée de la réalité du métier. Est-ce que la personne qui souhaite devenir fleuriste s’imagine les mains dans l’eau froide en plein hiver ? S’imagine t-elle sur la route le lundi matin à 5h00 avec une pluie battante pour se rendre à Rungis au marché aux fleurs ? Surement pas !

Commerce sédentaire ou commerce ambulant, c’est parfois même un déterminant plus fort que l’activité en tant que telle. « Que vas tu faire ? Je vais ouvrir un camion épicerie ». Dans cette réponse, ‘camion’ est plus important qu’épicerie.  Et si on dit « je vais ouvrir une épicerie », alors il est évident que la personne se projette dans un local. C’est ainsi. Et si vous envisagez de créer un commerce, vous savez exactement de quoi je parle.

Dans cet article je vous invite à comparer les 2 options, les avantages et les inconvénients de chaque modèle. Peut-être, allez vous découvrir une autre façon d’envisager votre projet, vos résultats économiques, votre quotidien professionnel et plus largement votre équilibre de vie. Quel modèle correspond le mieux à votre profil et à vos moyens ?

Comparaison entre un commerce sédentaire et un commerce ambulant

Les ressorts de chaque modèle commercial ?

Qu’est-ce qui différencie fondamentalement les deux approches ?

Le commerce sédentaire comme son nom l’indique, repose sur un local fixe. L’entrepreneur mise sur la construction d’une relation de proximité. On sait où et quand vous trouver. Toujours au même endroit, avec des horaires définis. C’est rassurant et ça fidélise naturellement une clientèle locale.

À l’inverse, le commerce ambulant joue la carte d’emplacements variés avec des horaires qui peuvent être soumis à des aléas. C’est vous qui allez vers les clients. Beauty truck, camion magasin, stand sur les marchés : vous multipliez les points de contact et exploitez différentes zones de chalandise. Bien sur, ce modèle permet également de fidéliser en venant aux mêmes endroits à horaires réguliers. Un camion-épicerie qui effectue une tournée hebdomadaire par exemple, crée un rituel client favorable à la fidélisation.

Les différents visages du commerce ambulant

Il existe différentes façons de faire du commerce ambulant. Chacune d’entre elles impose sa propre logique, son investissement matériel et son organisation quotidienne. Un food truck ne fonctionne pas comme un camion-épicerie qui dessert 15 villages par semaine. De ce fait là, la réalité professionnelle du commerçant peut être très différente. D’ailleurs on utilise 2 mots pour les distinguer. pour les commerçants qui se déplacent d’emplacements en emplacements, on parlera de commerce ambulant. Pour un commerce qui se base sur des tournées, quelque soit la fréquence, on parlera de commerce itinérant.

Emplacements fixes réguliers : Vous vous installez toujours sur les mêmes emplacements publics ou privés, a des jours et horaires définis. Les food trucks par exemple.

Les marchés : vous enchaînez différents marchés selon un calendrier établi (lundi à A, mercredi à B, samedi à C).

Les tournées avec camion magasin : vous parcourez les villages ou les quartiers avec un planning et un itinéraire précis. Boucherie, boulangerie, épicerie mobile. Votre magasin se déplace chez le client et vous êtes toujours en mouvement.

La participation à des évènements : Certains entrepreneurs font ce choix exclusif, dans la restauration notamment. Mais le plus souvent on mixe plusieurs modèles, emplacement fixes réguliers et participation à des évènements.

Votre produit/service peut-il vraiment devenir ambulant ?

La mobilité ne convient pas à tous les produits/services. Ni à toutes les façons de les consommer. Par exemple, la tournée est adaptée aux produits consommés de manière récurrente. Elle est donc parfaitement adaptée aux produits alimentaires. La tournée quotidienne devenant un argument pour les produits frais notamment.

Les produits non alimentaires tels que vêtements, accessoires, bijoux, … font très peu l’objet de tournées. Ou alors à un rythme très espacé, 1 fois par mois, par trimestre, …. Les marchés et la rue (surtout en été) sont plus adaptés.

Les activités de service comme la coiffure, l’esthétique, l’optique, … fonctionnent un peu comme les food trucks. Emplacements variés à jours et horaires réguliers.

Quelles sont les Limites ? En réalité il y a peu de limites et de nombreuses activités sédentaires peuvent s’envisager ambulantes. Il y a là matière à innover. Très souvent la contrainte qui impose la sédentarité est liée à la nature et aux volume des équipements nécessaires. Mobilier ou outillages lourds et volumineux sont souvent le principal frein à la mobilité.

Les éléments financiers

Commerce sédentaire :

  • Loyer mensuel (souvent le poste le plus lourd)
  • Achat éventuel d’un fonds de commerce
  • Aménagement et décoration du local
  • Charges fixes prévisibles (électricité, chauffage, eau)
  • Assurance locaux professionnels
  • Taxe foncière et/ou CFE

Commerce ambulant :

  • Achat ou location du véhicule aménagé
  • Entretien et réparations véhicule
  • Carburant (variable selon activité)
  • Assurance véhicule professionnel
  • Souvent besoin d’un second local pour stockage/préparation (Attention à ce point)
  • Droits de place (marchés) ou frais de stationnement

Ce qui change :

Le commerce sédentaire génère des charges fixes mensuelles relativement élevées mais prévisibles. Si on n’achète ni les murs ni le fonds de commerce, la charge principale sera le loyer. Les loyers des centre ville ou des galeries marchandes de centre commercial par exemple, atteignent des niveaux qui laissent pantois.

En revanche, l’ambulant demande un investissement initial plus conséquent, le véhicule. Correctement aménagé il pourra couter plus de 100 000€ selon l’activité. Et tous les véhicules, je pense aux camions magasin notamment, sont très peu, voire pas du tout disponibles à la location. Par contre, à terme le commerce ambulant offrira des possibilités d’adaptation supérieures au commerce sédentaire. Quand on se trompe dans le choix de l’emplacement par exemple, il est évident que le commerce sédentaire est plus difficile à rattraper.

Exercice intéressant, simulez un compte de résultat prévisionnel pour les 2 modèles. Vous pourriez être surpris.

Le quotidien du commerçant

Quelque soit le métier que vous allez exercer et/ou les services que vous allez proposer, les situations de travail que vous allez rencontrer vont être très similaires. Un coiffeur par exemple travaille debout le plus souvent et il réalisera les mêmes opérations de lavage, coupe et séchage, qu’il exerce dans des murs ou dans un camion. Alors qu’est-ce qui fait que pratiquer dans un camion ce n’est pas tout à fait pareil ? 2 choses principalement : L’espace disponible et la gestion de l’énergie.

L’espace : Travailler dans un espace réduit est une contrainte qu’il faut immédiatement intégrer à son raisonnement d’entrepreneur. C’est plus difficile et plus fatigant de travailler dans un espace limité que dans un grand local. Ça demande plus d’organisation et plus de rigueur dans le rangement et le nettoyage. Si ce n’est pas fait souvent et rapidement, c’est vite le bazar. De plus, on se déplace moins facilement et l’amplitude nos mouvements est contrainte par le manque d’espace.

Aussi, la conception du camion doit être pensée très finement. Les rangements doivent être nombreux, les outils doivent être facilement accessibles, la circulation doit être aisée pour vous et selon les cas, pour vos salariés et clients. Travailler dans un camion mal aménagé peut être vite l’enfer. De plus n’oubliez pas que le camion doit être en conformité avec les règles d’hygiène et de sécurité.

La gestion de l’énergie : Quand on travaille dans un véhicule aménagé, à moins d’être relié au réseau, on ne dispose pas d’une source d’énergie infinie. Aussi, que l’on ait fait le choix de produire ou de stocker l’électricité, on dois s’assurer d’être dimensionné correctement. Quoi de plus frustrant que de devoir plier bagage parce qu’on n’a plus de courant. Un des pièges c’est le chauffage en hiver, gros consommateur d’électricité. Inversement un groupe froid peut se montrer très gourmand par grandes chaleurs !

Quand on parle gestion de l’énergie, il faut aussi penser à la manipulation du groupe électrogène lorsqu’on ne dispose pas d’un modèle embarqué. On parle quand même de rentrer et sortir du camion un équipement qui peut peser 100kg. Il a beau être sur roulettes, bon courage !

poissonnière exerçant sur le marché par temps froid

Conduire, manœuvrer, stationner, s’installer

Autre élément à prendre en considération lorsque l’on souhaite exercer une activité mobile : la conduite. C’est évident me direz vous mais il arrive que certains entrepreneurs négligent carrément cette donnée.

1ère chose, en fonction du PTAC/PTRA de votre véhicule il vous faudra un permis de conduire spécifique. Vous pouvez voir cet article à ce sujet.
Seconde chose à prendre en considération, les manœuvres a réaliser pour stationner correctement sur l’emplacement qui vous a été attribué. C’est vrai partout. Manœuvrer une remorque de 6m sur un marché est rarement une partie de plaisir. Mais il en va de même pour un camion boucherie panoramique. Un petit food truck peut lui aussi devenir une vraie galère à stationner en centre ville.

Autre facteur à prendre en considération, la météo. Routes enneigées ou verglacées peuvent venir compliquer votre journée, voire l’annuler complètement. Vous aurez toujours à arbitrer entre prendre le risque de partir quand même ou perdre du chiffre d’affaire. Selon la rigueur de la saison ou tout simplement selon la région où on exerce, c’est une donnée à prendre en considération. Votre chiffre annuel peut faire les frais d’un climat catastrophique.

Les locaux commerciaux

Commerce sédentaire ou ambulant, la question reste la même. Il faut des locaux adaptés à son activité. Cependant lorsqu’il s’agit du commerce ambulant, on a souvent besoin d’un local professionnel en plus du véhicule commercial. Pour 2 raisons : La première et que selon son activité, on peut avoir besoin d’un laboratoire, d’une réserve, d’un chambre froide, d’un dépôt, d’un atelier etc … La seconde, c’est qu’il faut bien stationner son véhicule quelque part à l’abri quand on n’est pas en activité. Un endroit pour recharger les batteries, faire les opérations de nettoyage et d’entretien etc … C’est un élément à ne pas négliger car il peut représenter un cout supplémentaire important.

Ce qui ne change pas : votre métier

Au final, que vous choisissiez commerce sédentaire ou commerce ambulant, vous resterez opticien, boucher, fleuriste ou restaurateur. Votre savoir-faire ne change pas. Votre expertise reste la même. Votre statut social peut être le même dans les 2 cas et dans les 2 cas vous êtes soumis à des contraintes réglementaires, administratives ou normatives.

Ce qui change radicalement en revanche, c’est votre quotidien. Si vous exercez le même métier, vos journées seront pourtant très différentes. Le piège serait de choisir en fonction de critères peu objectifs : « le camion c’est tendance », « une boutique ça fait sérieux », « Bosser au bord de la mer, trop classe » etc … Ces arguments là ne tiendront pas six mois face aux réalités du terrain. Vous devez choisir en fonction d’éléments très objectifs qui correspondent à :

  • Votre personnalité/votre profil.
  • Vos capacités financières actuelle ou à mobiliser
  • Les ressources dont vous disposez
  • Votre situation personnelle
  • L’analyse de votre marché

Prendre en considération les avantages et les inconvénients réels de chaque modèle en y apportant des réponses concrètes qui vous permettront d’exercer durablement.  C’est ça le modèle idéal.

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